Photo prise à Londres faisant partie de la dernière série de photo
de Gene
Cette photo a été prise, après son divorce juste avant qu'il ne
rentre aux us et subisse
la fin tragique que l'on connait - Derniere photo de Gene ?
(cliquez sur la photo pour l'agrandir)
The Last
Interview
Interview audio et
écrit
The Last Interview
La dernière interview de Gene Vincent 1971
octobre 1971 UK
document sonore + anglais
écrit + traduction française
Londres, 1971
En tant que visiteur régulier des magasins londoniens depuis
sa première visite en 1959, Gene est arrivé au Royaume-Uni pour la
dernière fois le 16 septembre 1971 pour entreprendre une courte
tournée. C’était à peine un événement propice : à son arrivée à
l’aéroport d’Heathrow, il a été accueilli avec un mandat pour
non-paiement de la pension à son ancienne femme anglaise Margie
Russel, et les réservations dans les clubs de Leigh et Liverpool ont
été décommandés après deux soirs, Gene n’était pas vraiment en
forme. Les années difficiles et alcoolisées ont pris leur dû. Un de
ses fans et amis, Rob Finnis, a dit plus tard : « Il vivait dans un
monde pathétique de stupéfaction à cause de l’alcool, refuge de ses
problèmes réels et imaginaires ».
Le 1er octobre il a enregistré 5 chansons pour la radio
Number One de Jonnhy Walker : Say Mama, Be-Bop-A-Luia, Roil Over
Beethoven, Distant Drums et Whoie Loba Shakin Goin’ On, ses
derniers enregistrements. A un certain moment pendant son voyage, la
date est incertaine, il a été interviewé par David Simmonds dans les
studios de Radio London à Hannover Square. Un rencontre volatile et
agressive qui était plus un débat qu’une interview. Comme d’habitude
lors d’interviews, Gene a fait quelques révélations indignes (son
histoire sur Elvis et comment il a fini par faire le Ed Sullivan
Show, et il s’est ridiculisé en prétendant n’avoir qu’une seule
jambe). Simmonds a semblé veiller à l’asticoter quelques fois.
Peu de temps après l’interview, Gene est rentré chez lui à
Los Angeles où il décède le 12 Octobre suite à une hémorragie
interne. Il n’avait que 36 ans.
Des extraits de son interview avec David Simmonds ont été
diffusés sur Radio One et radio London après l’annonce de sa mort.
Mais ici elle est imprimée en intégralité pour la toute première
fois. Merci aux fans, Steve Mandich et John Braley pour leurs
efforts.
Aujourd’hui David Simmonds travaille pour Worlwide
Television News et a de vifs souvenirs de sa rencontre avec « Le
Gueulard », vingt-six ans plus tôt : « Tout est arrivé très vite, un
gars qui s’appelle Steve Bradshaw, qui était le présentateur de « Breakthrough »
sur Radio London, a eu l’interview et il m’a demandé de la faire
parce qu’il ne connaissait rien sur Gene. Et Gene est arrivé une
heure plus tard. Je l’avais vu sur scène vers la fin des années 60
et il avait pas mal changé depuis ce temps là. Je savais qu’il avait
une vie difficile et il m’a dit qu’il souffrait beaucoup à cause de
sa jambe.
Il ne ressemblait pas à un vieil homme, car il n’était pas
vieux, il ressemblait a quelqu’un de malade, mais il m’a semblé
bizarre dès qu’il est arrivé. Même avant que l’interview ne
commence, je lui ai demandé banalement « comment ça va ? » et il m’a
regardé comme si je venais d’insulter sa mère. C’était un personnage
étrange et il pouvait passer de quelqu’un de charmant à quelqu’un de
vraiment difficile et vous ne pouviez jamais savoir si ce n’était
pas un rôle qu’il jouait.
A l’époque j’étais un journaliste plutôt
agressif, je faisais des interviews percutantes, il m’a laissé faire
et c’est devenu très chaud par moments. Mais quand on a fini on
s’est installés tous les deux au piano et on a joué « Pinetops
Boogie Hoogie » et il n’y avait plus aucune animosité.
PART 1/3
octobre 1971 UK :
David Simmons : Quand en fait avez-vous commencé ?
Gene Vincent : J’ai débuté il y a 20 ans avec une chanson qui
s’appelait Be Bop A Lula. J’ai commencé avec trois copains dans le
sud, Carl Perkins, Elvis Presley, et moi-même.
Carl Perkins était prévu pour faire le « Ed Sullivan Show » car il
avait entendu cette musique mais ne la connaissait pas vraiment.
Malheureusement Carl a eu un accident de voiture qui a coûté la vie
à son frère et lui s’est retrouvé avec le dos cassé. Alors ils ont
dit de contacter ce gars qui s’appelle Gene Vincent, mais à ce
moment là j’étais à l’hôpital avec une jambe cassée, alors ils ont
eu Elvis Presley. Elvis est un bon chanteur et beau garçon, je ne
peux rien dire de mal sur lui. Pour moi c’est le meilleur et l’un
des plus grands de ce qu’on peut appeler rockers.
DS : Vous avez déclaré avoir lancé le rock’n’roll avec ses
deux gars ?
GV : oui
DS : C’est vrai ?
GV : Non, non, ce qu’on faisait c’était du Rockabilly, vous vous
appelez ça du rock’n’roll, c’est un peu différent, ça a changé tout
au long des années
DS : OK, qu’elle est alors votre définition du rock’n’roll
et qui a commencé ?
GV : Ma définition du rock’n’roll, c’est une sorte de soul chantée
avec le cœur, on peut mettre ça ensemble, on a les capacités pour le
faire et on sait quand et comment les gens le veulent et ce qu’ils
ne veulent pas.
DS : Vous dites que c’est de la Soul. Vous dites que l’origine de la rock’n’roll était noire et que le Rockabilly
était blanc…
GV : Non le Rockabilly vient d’abord de Hillibilly. La musique
Hillibilly.
DS : Ce sont des Blancs ?
GV : Oh, vous mettez de la couleur la dedans, je ne savais pas qu’il
fallait donner une couleur.
DS : Vous avez dit que le Rock’n’roll venait de la Soul
(âme), la Soul est noire n’est-ce pas ?
GV : Les américains, les blancs ont tous une âme, vous en avez une
aussi ?
DS : Ok, mais vous n’avez toujours pas répondu à ma
question, qui a lancé le Rock’n’roll et quand ?
GV : Nous avons commencé ce que vous appelez le Rock’n’roll, et que
nous appelons Rockabilly et ce qu’on
chante aujourd’hui c’est ce que nous
trois nous faisions. On peut décliner le rock’n’roll en différentes
versions, vous avez sûrement vous-même votre propre version, mais ce
que les journaux et les gens de la pop appellent Rock’n’roll
aujourd’hui, c’est nous qui l’avons lancé.
DS : Pour moi le Rock’n’roll c’est Jerry Lee Lewis, Carl
Perkins, Gene Vincent, Chuck Berry et Little Richard, mais je ne
voudrais pas vous inclure dans les trois à l’origine, deux d’entre
vous venaient de ce petit label de Memphis, Sun label de Sam
Phillips, et ils l’ont avant vous qui étiez avec Capitol…
GV : Non, Sun n’avait pas commencé. Capitol oui
.
DS : Capitol était là depuis longtemps mais pas dans le
Rock’n’roll.
GV : C’est ça, c’est vrai.
DS : Oui mais vous êtes d’accord avec moi pour dire que le
Rock’n’roll a commencé avec Sam Phillips et son label Sun, il
enregistrait…
GV : Non, non pas vraiment, je ne peux pas vous laisser dire ça,
désolé. Je connais bien Sam et Sam s’est greffé sur ce qui était en
train de se produire et il l’a pris. Mais la première chanson
d’Elvis… ou peu de gens savent qu’elle est sa première chanson,
c’est comme ça que Sam l’a prise… et je sais comment…
DS : C’était Kentucky Moon, n’est pas ?
GV : Non, Blue moon of Kentucky.
DS : Blue Moon of Kentucky. C’était quoi sa
première chanson ?
GV : (plaisantant) Vous avez mal répondu vous allez être corrigé.
DS : (Plaisantant) Vous essayer de me frapper sous la
table ?
GV : (rires) C’est ça..
DS : Ses premiers tubes étaient des chansons de Blues avec
des gens…
GV : Non Monsieur, non, le premier tube diffusé sur les radios était
Blue Moon of Kentucky, beaucoup de gens ont appelé et dit que
c’était un super nouveau son et Sam l’a piqué, mais beaucoup de gens
le jouait avant ça surtout Carl Perkins, on a joué à Memphis.
Beaucoup de gens pensent que Blue Suede Shoes était d’Elvis mais
c’est Carl Perkins qui l’a faite. On l’a jouée à Memphis, Carl,
Elvis et moi, Carl a joué Blue Suede Shoes, Elvis est venu après lui
et on a commencé a jouer Blue Moon of Kentucky et les gens ont
rappelé Carl Perkins.
Elvis est descendu de scène a pris sa guitare et l’a cassée, puis il
a dit : Je ne jouerai plus jamais de rock’n’roll avec d’autres
rockers, et il ne l’a plus jamais fait.
DS : Vous le descendez un peu pour ça, non ?
GV : Non, je dis ce que j’ai à dire. C’est un bon gars, je l’aime
bien, c’est un ami, je connais sa femme…
DS : Pourquoi a-t-il fait ça ?
GV : Il était juste un peu ennuyé je crois, quand vous êtes supposé
être le meilleur et que quelqu’un d’autre est apprécié, je crois que
ça doit finir par vous agacer.
DS : Je me souviens de vous il y 10 ans, vous jouiez avec
Jerry Lee Lewis au Fairfield Halls, l’année d’après je pensais vous
y voir mais les organisateurs du Fairfield Halls ne voulaient plus
avoir de rockers…
GV : Je crois que c’était au Golders Green.
DS : Non, non
GV : Désolé
DS : C’était bien au Fairfield Halls à Croydon, il y avait
derrière un gars, Mickie Most, qui jouait de la guitare, il revenait
juste d’Afrique du Sud et on dit qu’aujourd’hui il est millionnaire
grâce aux disques de toutes sortes de gens qu’il produit…
GV : En fait, c’est mon beau-frère
DS : Ah bon,
GV : Et oui…
DS : Je suis content de le savoir. Il y avait aussi un jeune
homme blond qui s’appelait Heinz, vous vous souvenez de Heinz ?
GV : Oui,
DS : Il était mauvais, il a été sorti de la scène…
GV : Vous dites qu’il était mauvais, il n’était pas mauvais, je dois
vous dire que ce n’est pas vrai
DS : Vous voulez dire qu’aucune performance ne peut être
mauvaise ?
GV : Pour vous c’est peut-être mauvais, pour moi c’est peut être
bien…
DS : Je voulais juste dire que ce soir là la majorité des
gens….
GV : oui mais qui êtes vous pour juger la musique d’un autre, qui
vous pensez être ?
DS : J’ai payé, j’ai payé pour entrer
GV : C’est vrai et vous pouvez aussi prendre votre argent et sortir.
DS : non, non, une fois que je suis entré, je reste pendant
toute la durée du spectacle et si je pense qu’un gars est mauvais,
je suis autorisé à siffler ou à huer si j’en ai envie ou applaudir
si je trouve ça bon.
GV : Mais qui est mauvais, qui êtes vous pour dire si c’est bon ou
mauvais, vous avez commencez avec les histoires de couleurs, vous
essayer de m’atteindre avec différentes choses. Vous n’êtes pas juge
de la musique, mais vous ne la lisez pas, ne la jouez pas et vous ne
la vivez pas, moi je le fais !
Pour ce qui est de
la politique, du business ou en tant que mari je suis peut-être un
putain de bon à rien, mais il y a une chose de sure, je connais ma
musique, vous ne pouvez pas me démonter de ce coté là, essayez !
DS : Je ne le fais pas, je critiquais quelqu’un qui
s’appelle Heinz
GV : ok, mais ne critiquez pas les musiciens.
DS : Et vous le défendez. Comment savez vous que je ne suis
pas musicien moi-même ?
GV : Car si vous l’étiez vous ne diriez pas ça
DS : Mais j’en suis un. Vous voulez que je joue du piano ?
Il y en a un juste là…
GV : Vous pouvez jouer du piano, mais le faites vous bien ?
DS : Bien je ne sais pas, qui peut juger, selon vous on ne
peut pas juger un musicien
GV : Non, je n’ai pas dit ça, c’est vous qui dites ça. Pour moi vous
êtes peut-être le pire joueur de piano au monde et pour vous vous
êtes sûrement très bon, et pour quelqu’un d’autre vous êtes
peut-être aussi très bon.
DS : Ouais, mais si je m’inflige un public qui à payé pour
me voir, j’accepterai si le public ne m’aime pas, c’est comme ça.
GV : Ecoutez, tout ce que je sais, c’est que je suis payé pour faire
un show, Les gens ne veulent pas venir me voir, ils n’ont pas à
payer, n’est-ce pas ?
DS : tant qu’on y est, je me souviens aussi qu’il y a 10 ans
vous étiez assez sauvage, vous êtes arrivé avec Be bob A Lula et ça
a rendu tout le monde dingue. Vous étiez habillé tout en cuir noir,
est-ce vous en portez toujours ?
GV : Oui je porte toujours du cuir noir, vous savez je crois que je
suis différent des autres hommes, je bois, je fume, je jure et sors
avec des femmes, je suppose que personne d’autre ne fait ça, ou du
moins ils ne le disent pas. Je suppose que vous ne le faites pas ?
DS : Oh, mais si je le fais !
GV : Bien, au moins vous l’admettez.
DS : Oh oui. Le fait que vous portiez du cuir faisait partie
d’un tout. Vous usiez aussi de votre handicap pour votre jeu de
scène. Le fait que vous portiez une armature de fer à la jambe…
GV : (l’interrompant) Je n’ai plus qu’une jambe aujourd’hui.
DS : Vous n’en avez qu’une ?
GV : Ouais
DS : Quand vous utilisiez…
GV : (l’interrompant) C’était douloureux… Je mettais tout mon poids
sur l’autre jambe et continuais à jouer pour mon public. Quand mon
public paye pour voir quelque chose je dois faire de mon mieux, peu
importe comment je me sens. Quelques fois la douleur était mauvaise,
quand il faisait beau ça allait. Vous pouvez vérifier mon dossier au
Quartier Général Naval de Grosvenor Square. Le 48ème
Technique de l’Air Force m’a aussi ordonné de quitter le Mildenhall
à cause de ma jambe qui allait mal et mes dossiers y sont si vous
voulez les voir.
DS : Vous voulez dire que vous jouiez alors que vous ne
deviez pas
GV : C’est vrai, je ne devrais même pas être là.
DS : Ouais… Le public, à cause de ces fringues que vous
portiez, vous pensez que vous avez attiré un certain genre de
public, comme des rockers par exemple ?
GV : non Monsieur, je fais plaisir à mon public.
DS : Mais à travers les années, vous devez savoir quelle
sorte de public vient vous voir… est-ce qu’il y a un groupe qui
reste dehors… Des mômes sur des mobylettes ?
GV : non des personnes plus âgées. Nous avions des personnes plus
âgées qui ont la quarantaine maintenant. Ils m’aiment et je les aime
aussi et nous avons fait un bon bout de chemin ensemble.
DS : Oui, mais à propos des plus jeunes en pleine
adolescence ?
GV : Eh bien vous savez, les ados ne viennent plus me voir
maintenant. Vous savez, c’est plutôt les 21, 22, enfin les plus de
quarante.
DS : Et que faites vous comme musique maintenant Gene ?
GV : La même chose. Je fais exactement ce qu’ils attendent de moi.
DS : Je veux dire, vous jouez toujours les vieux standards
du Rock’n’roll ?
GV : J’essaye d’en mettre des nouveaux mais ils n’acceptent pas,
alors je change immédiatement.
DS : D’autres vieux rockers comme Jerry Lee Lewis ont dans
un sens changé avec le temps. Jerry Lee a laissé derrière lui « Breathless »
et « Great Balls of Fire » et maintenant il fait plus de la country,
parce que comme ça il sait qu’il peut se tenir au courant des
changements. Pourquoi n’avez-vous pas fait ça ?
GV : Oh, je suis prêt à le faire maintenant. Mais j’aime réellement
le rock’n’roll et j’y étais depuis le début, et il n’y a pas tant de
différences que ça entre la country et le rock’n’roll. Et pour moi,
Jerry Lee fait ce qu’il faisait dans les années 50.
DS : Il faisait de la country avant d’en venir au
rock’n’roll, Il a vraiment bouclé la boucle.
GV : c’est vrai.
DS : est-ce que vous jouez de la country ?
GV : oui, très bien.
DS : Quels genres de choses ?
GV : En réalité, je suis un compositeur et un interprète et je peux
vous interpréter toutes sortes de choses, du moment que ce n’est pas
de l’opéra ou ce genre de chose. J’aime écouter ce genre de musique
mais je ne peux chanter que ce que je veux chanter.
DS : Oui, mais vous pouvez….
GV : (l’interrompant) Je suis un artiste. Je suis payé pour faire
ça.
DS : Mais, comme vous le dites, si vous n’attirez plus les
jeunes, et que ce sont plutôt des vieux rockers ou des personnes
plus âgées, n’avez-vous jamais pensé à changer de style et à devenir
un artiste de country seulement ?
GV : Non, je ne pourrais jamais faire ça.
DS : Vous ne pourriez pas, pourquoi pas ?
GV : Jerry ne le fait pas non plus.
DS : Et bien, il a sorti pas mal de disques de country, je
veux dire…
GV : (l’interrompant) Oui, il en sort pas mal, mais il fait toujours
son « ‘Whole Lotta Shakin’ Goin’ On’ ». En Angleterre il ne peut pas
sortir de scène sans l’avoir joué.
DS : Ouais. Est-ce que vous pensez que les jeunes, le genre
de jeunes qui venaient vous voir à la fin des années 50, sont en
train de passer à coté de quelque chose en n’appréciant pas le vieux
style du rock’n’roll ?
GV : Oh, ils l’apprécient. Les plus grands groupes au monde sont les
Beatles ou les Rolling Stones. Mais le plus grand aux USA s’appelle
Creedence Clearwater et il fait du bon vieux rock’n’roll et c’est
funky, il le sort du bout du pied jusque dans son cœur. Si vous le
voyiez vous le détesteriez sûrement, mais moi je l’aime bien. Cet
homme peut chanter et en ce qui me concerne je ne vais jamais voir
un artiste que je n’aime pas. Ils peuvent faire des trucs bien mais
il y a des choses qu’ils font que je n’aime pas…
Je ne peux pas juger leur musique. Un tas de personnes et
d’instigateurs vous payent pour faire un show et veulent aussi gérer
votre vie, pour moi ce n’est pas bien. Ils veulent rentrer dans la
vie privée de l’artiste. Ma vie est privée et je veux qu’elle le
reste. Mais ce que je fais quand je suis sur scène, c’est
complètement différent, et ce que mon public veut que je fasse,
c’est ce que je ferai. Et je n’aurai pas d’arbitre assis là pour
juger mon public ou dire à mon public ce qu’il doit faire ou ce
qu’il doit aimer, parce que si mon public n’aime pas ce que je fais,
il ne paye pas pour venir me voir.
Et je pense que je ne parle pas seulement pour moi, mais aussi pour
tous les artistes britanniques dans le pays et ils savent ce que je
veux dire.
DS : Mais ce genre de façon de penser, ce genre
d’indépendance si c’est ce que vous voulez, a du vous faire des
ennuis ou perdre des boulots dans le passé.
GV : Je n’ai pas vraiment besoin de travail. Je n’ai pas à
travailler. Je suis payé par le gouvernement des USA.
DS : Comment ? Vous êtes payé par le gouvernement ? Comment
ça se fait ?
GV : Oui, je suis dans la Navy, j’ai été blessé.
DS : Je vois, vous touchez une pension.
GV : Je vous l’ai dit avant, quand j’avais 17 ans, j’étais dans la
Navy, ce n’est pas une pension, c’est…
DS : Un dédommagement d’incapacité
GV : Oui, c’est ça.
DS : Et vous n’avez donc pas besoin de travailler ?
GV : non
DS : Et où passez vous la plupart de votre temps ? Vous
venez juste de rentrer de Los Angeles.
GV : Je passe mon temps avec ma femme et mes quatre enfants.
DS : C’est très sage.
GV : Mon fils vient d’être accepté à l’Académie Navale, en étant
moi-même un officier réformé, j’ai pu le recommander, et il a été
accepté. Grâce à Dieu. Vous savez, je suis très fier de ça. Mais je
pense que c’est juste au sujet de la grande époque, qu’un artiste se
soit levé, se soit tenu debout et dit : tu vois, ces gros tas de
fumeurs de cigare n’ont pas le droit de dire au public Britannique
ce qu’ils ont le droit d’aimer ou de ne pas aimer. Laissons les
choisir.
DS : Ok. Laissons les gens derrière les artistes et parlons
des personnes qui sont devant eux, le public. Les gens ont toujours,
enfin vous allez dire que ça n’a pas de sens, les gens vous ont
toujours considéré comme quelqu'un qui va se lever et jouer devant
des rockers et obtenir les plus grandes acclamations que n’importe
qui d’autre parce que vous êtes habillé en cuir et que vous avez eu
cet accident de moto. Je ne veux pas dire que vous n’êtes entouré
que d’Hells Angels, mais les gens disent parfois que se sont les
vrais « underground » de ce pays. Es-ce que c’est vrai ? Qu’en
pensez-vous ? Vous êtes proches d’eux ?
GV : Vraiment, je le suis ? Je ne pense pas que cela se passe comme
ça. Ils me considèrent comme quelqu’un qui se bat pour eux, je peux
me lever et dire ce qu’ils pensent, ce qu’ils voudraient dire s’ils
étaient à ma place.
DS : Et que voudraient-ils dire ?
GV : Et bien juste ce que j’ai dit, vraiment. Et ce n’est pas le
costume que je porte, c’est la manière dont je n’ai pas peur de vous
dire exactement ce que… Je n’ai pas peur de la BBC. Je n’ai pas peur
de la Radio numéro Un parce que je suis en position de le faire et
qu’ils ne peuvent pas venir et parler pour eux-mêmes. Alors je le
fais.
DS : C’est un groupe de personnes qui a souvent des
problèmes et souvent les gens pensent qu’ils sont violents, qu’ils
ne réfléchissent pas. Et vous, pendant vos concerts durant toutes
ces années, avez-vous eu des problèmes avec un certain public ?
GV : Oui Monsieur j’en ai eu, et presque toujours avant des gens
plus âgés.
DS : Que voulez vous dire par des gens plus âgés ?
GV : quarante, quarante-cinq, cinquante.
DS : Et quels genres de problèmes ?
GV : Sarcasmes. Je n’ai jamais été arrêté dans ma vie. Jamais été
impliqué dans aucune affaire et vous m’appelez « blouson noir » ?
Non ?
DS : Vous portiez du cuir sur scène…
GV : oui mais avez-vous déjà été arrêté ?
DS : Oui
GV : Et bien pas moi. Vous voyez… Vous êtes du genre à me mettre
dans une catégorie de qui…
DS : Non je vous ai juste dit qu’il y avait des jeunes
habillés en cuir et connus comme des rockers et des Hells Angels…
GV : Ouais mais juste parce qu’ils s’habillent en cuir vous les
appelez Hells Angels, vous les classez dans une catégorie, vous
dites que se ne sont pas des gens bien.
DS : Non, pas du tout. Je dis que les gens disent qu’ils
sont mauvais. Vous les connaissez parce que c’est votre public. Vous
ont-ils déjà créé des ennuis ?
GV : Qui sont ceux qui disent qu’ils sont mauvais ?
DS : les journaux, l’Establishment (une certaine bourgeoisie
et aristocratie britannique exerçant un fort contrôle sur l’ensemble
de la société et peu ouverte au modernisme) …
GV : Ah ! Pitié ! L’Establishment va tomber, c’est certain. Il n’y
aura plus d’Establishment quand ces jeunes auront grandi et qu’ils
ne voteront plus pour eux. La violence est inutile. Ils grandiront
un jour et ce jour là ils seront en position de changer votre
gouvernement.
DS : Vous êtes contre la violence, n’est-ce pas ?
GV : Oui évidemment.
DS : Mais vous avez un jeu de scène violent, ou du moins
c’était le cas quand je venais vous voir.
GV : Qu’entendez-vous par violent ?
DS : Et bien vous savez, une sorte de… Vous utilisiez votre
micro comme une sorte de… cravache et vous criez sur les autres
personnes du groupe, du genre « venez et prenez moi », vous voyez…
GV : Non, généralement je les menais comme ça, je les excitais ou je
les calmais suivant ce que je pensais qu’il fallait faire. Je sens
les gens, je sens ce qu’ils ont envie et je les excitais ou je les
calmais. De là à être violent sur scène. J’utilisais mon micro plus
ou moins comme une béquille. Vous voyez, mais vous ne saviez pas ça,
n’est-ce pas ?
DS : ça me semblait être violent.
GV : Et bien ce que ça a semblé être voulu dire pour vous et ce que
ça a voulu dire pour vous, c’est exactement ce que je voulais que ça
dise. Merci. Vous venez de me faire un compliment, parce que vous ne
saviez rien de ma jambe blessée, n’est-ce pas ? (rires)
DS : Je n’aurais pas du dire ça. Mais de toute façon vous
êtes un homme intelligent, Gene. Je ne dis pas ça d’une manière
condescendante, mais il y a tellement de gens qui chantent et qui
n’ont rien à dire. Ils ne peuvent même pas parler. Ils ne savent que
dire : « Je fais de la musique et il n’y a rien derrière, je suis
seulement moi ». Mais vous est-ce que vous pensez qu’il y a quelque
chose derrière, qu’il y a un message dans votre musique ? ça a
peut-être l’air stupide mais….
GV : Oui, oh Dieu oui. Oui Seigneur. Quelques fois je monte sur
scène, je commence à chanter et je pense à autre chose et pourquoi
le morceau a été écrit, et je rentre dans la chanson, c’est
seulement comme ça que je peux chanter. Si vous me mettiez dans une
pièce tout seul, je ne pourrais pas sortir une note parce que je
chante pour les gens.
Je chante mes expériences, les choses qui me sont arrivées. Je
chante sur la façon dont je marche dans la rue et sur ce que j’ai
vu. Je chante au sujet de plein de choses et ce sont ces chansons là
qui me font gagner beaucoup d’argent.
DS : est-ce que vous diriez que vous êtes un chanteur
« clean » ?
GV : Qu’entendez-vous par « clean » ?
DS : Et bien comment expliquez vous des paroles comme… il y
en a un petit morceau dans votre dernier album, le morceau commence
comme ça : « I’am wise to the rise in you Levi’s » (« je suis sage
face à l’élévation dans ton Levi’s »)
GV : Vous pouvez le prendre comme vous voulez. Vous pouvez trouvez
ça sale ou propre. Comment vous le prenez ?
DS : non, vous dites le moi d’abord. C’est vous qui l’avez
écrit. C’est moi qui vous pose la question.
GV : Oui, mais vous, comment l’avez-vous interprété ?
DS : Non, je vous le demande d’abord parce que c’est vous
qui l’avez écrit. Vous devez me dire ce que ces mots veulent dire.
Comment vous en êtes venu a les mettre dans votre chanson.
GV : J’étais au coin de Hollywood Boulevard et j’ai entendu une
fille dire ça à un gars. Donc je l’ai dit. Comment l’avez-vous
pris ? Vous pouvez tout prendre bien ou mal. Vous pouvez penser que
le sexe c’est propre ou sale (rires), non ? Ça dépend de comment
vous le voulez. Pour moi, ma femme et mes enfants c’est propre. On a
une belle maison, je ne conduis pas une Rolls Royce.
Je n’ai pas pris la grosse tête, mais je peux la prendre si j’en ai
envie. Maintenant, je peux ? Non je ne ferais pas. Je crois que Dieu
m’a donné quelque chose que beaucoup de gens n’ont pas, il m’a donné
du talent que je dois utiliser correctement.
DS : Comment pourrait-on faire pour que les jeunes
reviennent au rock’n’roll, les jeunes qui disent qu’aujourd’hui
c’est passé de mode, qui pensent que le rock’n’roll c’est…
GV : Je ne pense pas que les jeunes trouvent ça démodé, sinon Creedence Clearwater n’aurait pas de succès.
DS : Oui mais Creedence Clearwater n’était pas dans le coin
quand vous, Roy Orbison et...
GV : Non mais ils le reprennent.
DS : Ouais
GV : je pense que Creedence Clearwater avec l’aide des Beatles et…
DS : Ouis mais à propos des vieux disques. Shelby Singleton
est en train de ressortir tous les vieux disques de chez Sun, Carl
Perkins, Jerry Lee Lewis…
GV : C’est le même genre de musique ce dont vous parlez et les …
Creedence Clearwater. Les Beatles et tous les autres, comme « Good
Golly Miss Molly », ils ont pris la matière première, vous savez
…
DS : Ouais, mais vous n’êtes pas agacé en voyant les
standards originaux des fifties ressortir ?
GV : Seigneur non, j’apprécie. Pitié, ça nous aide tous. Ça aide nos
affaires et ça aide à faire sortir de nouveaux artistes qui arrivent
aujourd’hui.
DS : Auriez vous quelques noms à nous révéler dont on
n’aurait pas encore parlé ici.
GV : Je ne sais pas, je n’en ai pas encore entendu parler. Je ne
suis là que depuis cinq jours et le climat, vous savez, est un peu…
DS : Je pensais à des groupes américains.
GV : Pas vraiment. Il y en a beaucoup qui arrivent mais… je
travaille actuellement avec les disques Capitol et un gars qui
s’appelle Paul Rose, il m’aide et nous avons quelques nouveaux
groupes en tète, mais je ne peux pas en parler car je ne les ai pas
vu beaucoup.
DS : Pensez-vous qu’un certain développement musical dans
les dix dernières années a pu nuire au vieux Rockabilly ou
Rock’n’roll que vous connaissez.
GV : Non je pense que toutes les musiques sont bonnes. Ça dépend
juste de comment vous le ressentez.
DS : C’est une très belle phrase : toutes les musiques sont
bonnes.
GV : Vous voyez la musique… l’opéra c’est fantastique mais je suis
trop stupide pour que, ce que l’artiste chante, me touche. Vous
comprenez ? Ce n’est pas sa faute, c’est la mienne. Je ne peux m’en
prendre qu’à moi-même. Ok ?
Un
immense merci a Paula, Secrétaire du Fan Club pour la traduction
qui
permet a beaucoup de fans de pouvoir enfin lire